Ce bulletin météorologique se compose d'un résumé des dernières observations, de l'analyse de la situation synoptique actuelle puis de son évolution. Cette dernière partie est généralement privilégiée en essayant de couvrir le moyen terme de J+5 à plus de J+10 jours selon la fiabilité du moment. Nous travaillons pour cela uniquement à partir de l'analyse des sorties des modèles météorologiques numériques.
Le bulletin a pour vocation de détecter le plus tôt possible les changements de régime de temps marquants et les possibles événements météorologiques violents. Construit autour des notions de risques et de probabilités, plusieurs options seront fréquemment proposées à une semaine de l'échéance. Dès que cela sera techniquement possible, nous essayerons de dégager le scénario le plus fiable. Notre objectif : vous offrir la connaissance de temps à venir avec le maximum d'avance et la meilleure fiabilité.
La mise à jour de cette rubrique reprendra en 2010.
Bulletin du jeudi 22 janvier 2009
[Edition spéciale du 23/01/2009 - 16 heures]
VIGILANCE ROUGE DE METEO FRANCE
POUR PLUSIEURS DEPARTEMENTS DU SUD-OUEST du 23 au 24/01/2009
Qualification de l'événement :
Violente tempête hivernale d'une ampleur peu commune sur le sud du pays justifiant un suivi particulier. Il est vraisemblable que cette tempête intéressera une zone géographique plus limitée qu'en décembre 1999, mais elle risque d'être d'intensité comparable.
Consulter absolument dans les heures à venir le site de Météo France pour connaître la conduite à tenir.
Ce mois porte sans conteste bien son nom cette année : janvier. Ethymologiquement, c'est le mois du dieu romain à deux visages : Janus. C'est bien ainsi qu'a été notre mois, d'abord froid et calme avec puissant blocage anticyclonique assurant un flux d'est continental, puis après une semaine de transition en milieu de mois, nous avons basculé dans le type de temps opposé relativement doux et agité avec un vortex polaire dominant à nouveau à l'ouest de l'Europe assurant cette fois un flux d'ouest zonal océanique.
Les hautes pressions se sont peu à peu repliées à l'intérieur du continent où elles ne relachent pas leur emprise sur la Russie et non sans quelques combats d'arrière garde qui ont affaiblis les premières dépressions qui ont forcé le barrage la semaine dernière. Ainsi le flux zonal a repris le contrôle de l'ouest du continent, mais ne peut s'y enfoncer vers l'Est qu'en perdant toute sa puissance. Contenu à l'ouest, un profond talweg va s'organiser sur l'Atlantique Nord.
Les évènements se sont précipités en ce milieu de semaine. Le flux zonal ayant repris le contrôle de l'Atlantique Nord, l'air froid qui s'y écoulait depuis plusieurs semaines a repris pour le faire la route plus conventionnelle du Canada à l'ouest de la barrière que constitue l'altitude de calotte de glace Groenland. C'est une masse d'air particulièrement glaciale qui a atteint le Québec la semaine passée avec des minimales au sol souvent inférieurs à -30°C jusqu'au sud et aux rives plus peuplées du fleuve Saint-Laurent. Elle a rencontré dans sa course l'air chaud issus des Antilles alimentant un contraste de masse d'air extrême au large de Terre Neuve comme en témoigne le contraste des couleurs indiquant les températures à 850 hPa (altitude 1 500m) sur la carte suivante. Elle représente la zone Atlantique Nord (la France est complétement à droite, les côtes américaines à gauche, le Groenland plein nord).
Tandis que l'air chaud renforce les hautes pressions au large des Açores, l'air froid canadien fait diminuer les épaisseurs à 500 hPa favorisant l'installation d'un profond talweg dépressionnaire au large de l'Islande. Entre ces deux zones très contrastées, une zone de mélange explosive à forte énergie potentielle. Cela favorise le renforcement du courant jet en altitude qui va pouvoir se développer en droite ligne de New York à Paris sur le dos de l'Anticyclone centré sur l'Atlantique.
Au sud c'est de l'air doux qui traverse l'Atlantique, au nord de l'air froid, mais océanique. Il est normalement relativement doux, mais la vague de froid canadienne est si intense que celui qui nous a déjà concerné cette semaine était relativement frais, de la neige fondue étant facilement observée sur un grand quart nord-est dans les fronts froids des perturbations qui ont circulés. Cet air froid a même pu atteindre le Sahara ce mercredi en s'écoulant à l'avant des hautes pressions açoriennes dans un immense talweg très étiré en longueur : les températures ont peiné à dépasser les 10°C jusqu'au sud de l'Algérie et sont tombés le matin à cette barre jusqu'à Bamako au sud du Mali ! Beau trajet pour un air polaire océanique d'origine canadienne !
La migration des hautes pressions vers le Sahara et le jet stream se renforçant en provenance de l'ouest de l'Atlantique auront dès aujourd'hui barré la route de l'Afrique à l'air froid et instauré un puissant rail zonal rectiligne. On le voit se développer ici à haute altitude (300 hPa) avec ces vents de plus de 300 km/h prêts à atteindre l'Europe devant laquelle il diffluait encore ce matin.
Ce n'est plus le cas demain matin, les vents forts du jet stream touchent la France de plein fouet par l'ouest. On note plus à l'Est les restes du talweg qui a fait une spectaculaire percée en Afrique et qui se décalent vers la Grèce et la Libye où la température va à son tour chuter de 30°C à quelques 10°C en journée...
Evolution du temps.
Le jet qui atteint la France par l'ouest va favoriser en dessous le creusement rapide ou encore explosif de deux dépressions. La première nous concerne la nuit prochaine. On voit ici juste au nord de la ligne d'épaisseur 552 dam pour les 500 hPa séparant vert et jaune sur la carte et qui correspond au trajet du jet un petit creusement dépressionnaire secondaire à 980 hPa au sud de l'Irlande autour du centre dépressionnaire principal très creux à 940 hPa situé au sud de l'Islande.
Le jet qui circule au dessus va apporter l'énergie nécessaire pour que ce petit minima secondaire se creuse rapidement. Ainsi, quelques heures plus tard, on retrouvera un centre dépressionnaire bien identifiable à 970 hPa en Manche, puis en Mer du Nord à 975 hPa demain matin commençant déjà à se combler en poursuivant sa course vers le nord où il va aller se noyer dans le profond talweg islandais.
Cette dépression va provoquer une première tempête durant cette nuit de jeudi à vendredi en Manche et sur tous les départements proches de la mer : Météo France a placé 29 départements en vigilance orange de la Bretagne jusqu'au Nord-Pas-de-Calais, Ile-de-France y compris pour des vents pouvant atteindre 130 km/h en rafales sur les côtes et 110 km/h dans les terres, pas plus certainement et peut-être moins car le creusement intervient déjà tardivement dans une zone déjà bien déprimé du talweg et proche de son centre. Les vents les plus violents devraient survenir dans la partie centrale de la Manche au moment où la dépression va se creuser le plus rapidement et concerner donc davantage la Normandie et la Picardie. Les côtes Atlantique seront durant ce temps notablement arrosées durant la nuit : ce n'est qu'un début...
On distinguait déjà sur notre carte un nouveau creusement secondaire en plein sur la ligne des 552 dam et en face des côtes atlantique. C'est une seconde tempête qui se prépare de durée de retour sans doute au moins décennale et bien plus terrible que la première observable plusieurs fois chaque année en Manche. Le vrai danger est là. Elle est à nouveau surmontée par le jet et propulsée depuis l'Atlantique, elle va pouvoir se creuser davantage. Elle est bien plus éloignée du centre dépressionnaire principal creusé sur l'Islande et peut ainsi tirer un plein rendement de l'énorme contraste de masse d'air entre le mélange des airs chaud venu des Antilles et particulièrement froid du Canada. Elle circule ainsi bien plus au sud que la précédente et va toucher en plus une zone où l'on est beaucoup moins régulièrement habitué aux forts coups de vents qu'en Manche : le Sud-Ouest de la France.
Outre le risque que l'on a de voir cette dépression faire un creusement explosif, rappelons que l'orographie va elle-même favoriser la violence du phénomène ce dont on se souvient rarement. Les archives portent la trace de ces tempêtes du Sud-Ouest pour les plus violentes en 1893, 1915, 1976, certes rares, mais néammoins redoutables avec des ruptures de digues sur les côtes et de terribles ravages de la forêt landaise. Nous voyons notre dépression qui va approcher des côtes atlantiques dans la nuit de vendredi à samedi et pénétrer à l'intérieur du pays avant de s'évacuer vers l'Italie.
Ainsi, le rail zonal emmenant le jet stream conduit tout droit vers le Sud-Ouest du pays avec une trajectoire qui optimise la puissance de la tempête qui se creuse en dessous et qui circule le long des monts cantabriques qui bordent l'Espagne au Nord, puis des Pyrénées comme dans une gouttière ce qui va encore resserer ses isobares au sud et accélerer les vents au sol.
Nous pouvons à présent comprendre que les côtes atlantiques et surtout Aquitaine s'exposent ici à une violente tempête ce que confirme le modèle GFS qui voit au matin des vents dépassant les 150 km/h dans le Golfe de Gascogne pénétrant allégrement à l'intérieur des terres entraînés par la dynamique de la dépression qui suit le relief comme un couloir.
Le modèle horaire WRF visible ci-dessous et déjà relativement fiable à peine plus de 24 heures avant la tempête confirme sa puissance. On peut parler d'un "ouragan" selon la terminologie officielle puisque les vents pourraient dépasser force 12. Il touche de plein fouet le bassin d'Arcachon et la forêt landaise qui risque de souffrir gravement, les vents pouvant dépasser les 150 km/h d'après le modèle et les 130 km/h dans tout le Sud-Ouest. La tempête poursuit en effet sa route ensuite vers le Midi-Toulousain durant la matinée de samedi. Après avoir dépassé Toulouse et entraîné des rafales très violentes sur le massif des Pyrénées, le relief en entonnoir du seuil de Lauragais risque d'accélérer encore les vents qui vont accéder entre la Montagne Noire et les Corbières pour déboucher sur le Languedoc donnant sur la Mer Méditerranée. Enfin atteignant le Golfe du Lyon dans l'après-midi, la tempête devrait toucher la Corse et surtout de plein fouet la Sardaigne. Un mot sur Marseille également, qui après Bordeaux et Toulouse, pourrait être très exposée car la ville fait complétement face aux vents violents venus de l'ouest, avec des rafales qui vont se renforcer à nouveau sur la Méditerranée. Nous recommandons la plus grande prudence dans tout le Sud-Ouest du pays : Annulez tout déplacement samedi matin autant que possible. Une vigilance de Météo France ne saurait tarder à être diffusée largement. Outre les dégâts dûs au vents qui semblent prévisibles et inévitables à l'heure qu'il est, les pluies importantes accompagnées d'un fort redoux à l'avant de la dépression pourront occasionner de brusques montées des eaux sur les versants exposés.
[Edition spéciale du 23/01/2009 - 16 heures]
VIGILANCE ROUGE DE METEO FRANCE
POUR PLUSIEURS DEPARTEMENTS DU SUD-OUEST du 23 au 24/01/2009
Qualification de l'événement :
Violente tempête hivernale d'une ampleur peu commune sur le sud du pays justifiant un suivi particulier. Il est vraisemblable que cette tempête intéressera une zone géographique plus limitée qu'en décembre 1999, mais elle risque d'être d'intensité comparable.
Consulter absolument dans les heures à venir le site de Météo France pour connaître la conduite à tenir.
On voit bien ici les vents qui s'enroulent autour du coeur de la dépression qui se situerait samedi à 5h vers la région nantaise. A l'arrière, c'est un flux de nord qui se met en place rabattant de l'air froid en altitude, mais aussi au sol. Ainsi, cela génère durant la matinée outre la zone de vent violent au Sud-Ouest, plus anecdotiquement une zone de précipitations assez soutenue plus au nord avec l'air froid qui afflue au contact de l'air doux emmené violemment à l'avant de la dépression. Avec l'air froid déboulant à l'arrière, on pourra ainsi observer éventuellement des chutes de neige locales pouvant tenir au moins temporairement au sol avec les intensités de celles-ci au sud et à l'ouest du Bassin Parisien, puis surtout en direction du Centre, Poitou et Limousin, dans une zone centrale progressant ensuite vers la Bourgogne et le Massif Central et enfin des régions du Centre-Est avec une impressionnante chute du thermomètre de près de 10°C en quelques heures à peine au fur et à mesure que l'air froid gagnera à l'arrière de la tempête.
Sur les côtes Atlantique et au Sud-Ouest, après le plus fort de la tempête, l'arrivée rapide de l'air froid faisant chuter la température pourrait déclencher des orages parfois violent localement. ESTOFEX organisme qui prévoit les phénomènes météorologiques violents et notamment convectifs en Europe, relayé en France par Keraunos nous signalent que outre des orages, le phénomène très localisé, mais au combien violent des tornades ne sont pas à exclure dans la masse !
Après une journée aussi calamiteuse, je dois malheusement encore signaler que dimanche 25, une nouvelle dépression devrait aborder le pays par l'ouest. A nouveau des vents forts en Bretagne, cependant à priori sans commune mesure avec les vents si violents de la veille : on retrouve un phénomène courant pour la saison. Néammoins encore de la pluie et du vent sur des zones qui en auront déjà eu plus que leur compte.
Durant la semaine prochaine, les perturbations devraient continuer à circuler, mais en étant beaucoup moins actives. C'est que le mur de hautes pressions russe pourrait progresser quelque peu vers l'ouest, le flux zonal emmenant beaucoup d'énergie vers le nord pouvant renforcer celles-ci. On voit sur la carte un flux en droite ligne allant de Paris au pôle et même jusqu'à la presqu'île de Béring !
Nous quitterions ainsi le coeur du flux zonal repoussé sur l'Atlantique pour finir le mois de janvier, mais pas assez loin pour ne pas continuer à nous influencer. Nous allons donc nous situer à nouveau en position de carrefour de masse d'air comme à la mi-janvier, sous influence de l'air continental par l'Est rapportant des gelées par l'Est du pays ; de l'air océanique dépressionaire par le nord-ouest ramenant quelques ondes pluvieuses, anticyclonique par le sud-ouest remenant un temps plus printanier et calme. Laissons passer les tempêtes afin d'y voir plus clair sur ce qui nous attend ensuite dans ce contexte et quel centre d'action pourra influencer davantage sur la France.
Voici venu l'an neuf ! Nous profitons de ce nouveau bulletin pour vous souhaiter une très bonne année 2009 !
Une année qui commence par des sensations fortes météorologiquement parlant ! Le week-end dernier fut très froid au nord à cause d'un flux d'est ramenant en basse couche tout le froid qui s'est écoulé plus à l'est de l'Europe en plusieurs advections successives depuis Noël.
L'advection qui menaçait pour le 5 janvier et ralenti dans sa puissance et sa course vers le sud par les hautes pressions qui stationnaient sur notre pays et qui se sont évacué par le nord-ouest s'est réalisée. Elle emmenait à l'avant du talweg un petit redoux très temporaire et neigeux car un courant dépressionnaire s'est infiltré entre le blocage groenlandais et les hautes pressions qui remontaient vers le Royaume-Uni, générant un front suffisamment humide à l'avant de la descente d'air froid.
L'advection est particulièrement importante, puisque c'est un des morceaux principaux du vortex polaire qui s'est détaché. Un peu d'humidité, un fort contraste thermique à toutes les altitudes : il a résulté de ce front des chutes de neige de 2 à 5 cm sur le pays, parfois plus en rencontrant des reliefs ou de l'air plus doux à proximité des côtes.
Avec la nuit, le bise, vent de nord-est liée à l'advection arctique à l'arrière du front s'est d'abord levé en Manche, puis peu à peu sur toute la moitié nord du pays entrainant les températures en dessous de -10°C en Belgique et de -5°C au nord de la Seine et en Grande-Bretagne. Nous voyons sur cette carte qui représente les températures à 850 hPa (soit l'altitude de 1500 environ) que l'attaque se produit par le nord de l'isthme européen, les hautes pressions se positionnant à présent en Mer du Nord canalisant le flux d'est.
Conséquences au sol ce mardi 6 au matin : Paris a vu des centaines d'avions cloués au sol par -8°C sur neige fraîche, tandis que le thermomètre fleurtait déjà avec les -15°C en Belgique et les -20°C en Allemagne et en Pologne. C'est une vague de froid pas vue depuis au moins 1997 qui déferle sur notre pays.
Malgré un plein soleil en journée de la Haute-Normandie au Nord-Pas-de-Calais, les températures ne gagneront pas plus de 3 à 4°C ! La masse d'air est glaciale en altitude et le froid conquérant n'attend que la nuit pour poursuivre son offensive sur des sols à 80% couverts de neige, celle-ci n'ayant épargné que peu d'endroits.
Dans les prochaines heures, l'air froid va réactiver les basses pressions en Méditerranée qui somnolait quelques peu dans une certaine douceur depuis les dernières fortes pluies : fortes neiges et risque d'avalanche à attendre demain dans le sud-est et les Pyrénées, la neige perdurant également durant ce temps dans le bassin de la Garonne jusqu'à vendredi.
Plus au nord, nous apercevons déjà sur notre première carte une nouvelle advection arctique par la mer de Norvège à l'est du blocage encore en place de l'Atlantique au Groenland ce mardi. Freiné une nouvelle fois par les hautes pressions repositionnées au niveau des Îles Britanniques, l'air arctique ira encore moins loin vers le sud. Entrainant de l'air doux à l'avant avec un redoux en mer Baltique, celui-ci ne nous atteindra jamais. Nous aurons tout juste demain mercredi 7 au nord de la Seine et le long des côtes de la Manche la trace d'un front secondaire qui devrait apporter quelques flocons, guère plus de 1 cm sauf instabilité locale. Puis le froid va reprendre la partie jeudi 8, toujours depuis l'Est de l'Europe en basses couches : le gel va pouvoir se poursuivre nuits et jours sur un tiers nord de la France.
Cette invasion arctique survenant un 6 janvier, et marqué ce matin par un froid glacial et des plaines enneigées sur la majeure partie de la France est l'occasion de marquer un anniversaire que Dame Nature semble aujourd'hui honorer à sa façon !
Nous fêtons aujourd'hui et jour pour jour le tricentenaire de la vague de froid de janvier 1709. Cet hiver là avait laissé un souvenir tragique dans la mémoire de plusieurs générations. En effet, la France a enregistré cette année là une surmortalité de 10 000 décès. Rapporté à la population de 2009, cela ferait plus du triple de ce chiffre. Le froid est aussi, sinon plus meurtrier que la canicule, en particulier pour les personnes souffrant de pathologie cardio-vasculaires ou respiratoires : une réalité trop oubliée malheureusement. Chaque degré en moins montre une augmentation de la mortalité proportionnelle encore en ce début de XXIe siècle. Si vous êtes concerné par ces pathologies, la prévention consiste à rester le plus possible au chaud et d'éviter tout effort en étant au froid, surtout par ceux de la nuit et du matin.
Comparons à présent notre début d'hiver 2009 à l'aune de l'hiver 1709 grâce aux relevés absolument réguliers et méticuleux du scientifique Louis Morin né 1635 et mort en 1715, ce que Météo France a pu confirmer par une étude statistique de ses précieux cahiers qui nous sont parvenus. Nous pouvons ainsi connaître avec une très bonne précision au regard des siècles qui nous en sépare, les conditions météorologiques qui ont régnées alors.
Nous avons réalisé un graphe afin de faire la comparaison des températures minimales et maximales journalières. En noir 1708-09 à Paris et en bleu 2008-09 à Paris le Bourget. A notre grand étonnement, les trends coïncident relativement bien pendant les 25 premiers jours de décembre 1708 et 2008. Même douceur au début du mois, petites gelées autour du 10 décembre, redoux très sensible près du solstice d'hiver. Les courbes divergent fortement après Noël. Si le froid gagne peu à peu par l'Est après Noël 2008 par advections arctiques successives, mais évoluant difficilement vers le sud, la douceur se maintient en 1708-09 juste à cette fameuse journée des rois, le 6 janvier. La déferlante est terrible avec une grande abondance de neige dans une Europe où les hautes pressions laissent le champ libre jusqu'en Méditerranée, ce qui n'est que bien moins le cas cette année. Ce 5 janvier 1709, on part donc de bien plus haut qu'hier un lundi de 2009, mais on va aller aussi tellement plus bas ! On peut imaginer un scénario ressemblant à la Saint-Sylvestre 1978 avec une masse d'air glacée et accumulée au nord de l'Europe fondant sur la France cette nuit là, la progression du gel ayant été si remarquable qu'il a d'ailleurs été noté par les contemporains : vu le choc thermique ressenti en quelques heures à peine, on peut le concevoir. Nous avons beaucoup moins senti la différence entre l'avant et après 6 janvier en ce début d'an 2009 étant donné que le froid était déjà des nôtres depuis une quinzaine. En allant vers le Sud-Ouest, la présente vague de froid a pu être vécu un peu plus intensément. Mais on ne peut parler que d'un bref aperçu tant il est vrai qu'elle devrait bien vite quitter le Midi. Notre modeste vague de froid de 2009, outre un lointain air de famille, n'a donc rien à envier à son illustre aïlleule...
Comparaison des températures minimales et maximales journalières des hivers 1708-09 et 2008-09 à Paris.
Par rapport à cet hiver, seuls les trois prochains jours sont au niveau des trois premiers jours de la vague de froid de 1709. Alors que le thermomètre devrait remonter lentement en 2009 pour s'approcher du dégel (température prévue en bleu clair) ; il s'était enfoncé en 1709 pendant 12 jours consécutifs avec des minimales inférieures à -15°C à l'exception du 17 janvier. C'est la permanence exceptionnelle de froids aussi intenses qui fait le grand hiver 1709. Car les froids sur l'ensemble de l'hiver ont concerné du reste de moins nombreux jours comparés à d'autres hivers rudes qui furent même plus froid parfois en moyenne thermométrique sur la totalité de la saison. Mais aucun de tous ces hivers rudes qui furent observés depuis lors à Paris n'a jamais compté plus de 3 à 4 jours consécutifs avec des minimales aussi faibles.
Cette comparaison permet au moins d'établir que notre hiver 2008-09 a également thermiquement toute les caractéristiques pouvant le faire ressembler à un hiver rude, toute proportion gardée, cela va sans dire. Si c'est bien le cas, les grands hivers ne se retirent pour ainsi dire jamais sans que les -15°C ne soient franchis sur de grandes portions de la France. C'est peut-être pour les prochaines nuits, car l'albédo sur une France maintenant au 3/4 enneigée et sans couverture nuageuse est maximal et peut créer des surprises... Sinon pour un peu plus tard ?
Voyons maintenant comment pourrait évoluer cette situation à plus long terme et jusqu'après la mi-janvier...
Evolution du temps.
Le système dépressionnaire issu d'une coulée arctique récente et habituelle en cette saison sur le Canada et les Etat-Unis va être réactivé en migrant vers l'Est au contact des eaux chaudes qui circulent au nord des Bermudes dans le courant de Gulf Stream. Cette dépression va ainsi renforcer le jet stream, vents forts d'altitude (niveau 200 hPa) qui délimitent ce que l'on appelle le front polaire dans la théorie norvégienne initiée depuis la météorologie des années 1930. Ce courant fournira un surcroît d'énergie pour le creusement des systèmes dépressionnaires et va parvenir jusqu'à notre morceau de vortex polaire acculé à l'ouest du Groenland depuis des semaines par le blocage atlantico-européen.
Le courant jet va avoir pour effet de pousser par l'ouest notre blocage en direction de l'Europe continentale. Le blocage va ainsi capituler au niveau du Groenland et de l'Islande pour aller se positionner sur la Mer du Nord en poussant une dorsale vers l'Est, ce qu'il avait déjà tendance à faire ces derniers jours. Nous allons donc finir la semaine avec un dipôle de blocage, système relativement stable qui peut s'auto-entretenir longtemps. La goutte froide ramène de l'air doux en altitude à l'anticyclone qui à son tour lui ramène de l'air froid à cette dernière ce qui renforce les deux acteurs. Ainsi, vendredi 9 sur notre carte, sur la mer du Nord un solide anticyclone, cloche sous laquelle l'air froid accumulé en basse couche va pouvoir stationner un maximum de temps au nord de la France, sur l'Angleterre et le Benelux tandis qu'en altitude l'air doux afflue depuis l'Atlantique (en teinte verte, puis bleue pour la relative douceur à 850 hPa). L'air froid fini d'arriver par l'Est en basse couche ce jour là : on voit notre descente arctique déjà bien décalée vers l'Est (en blanc pour le froid à 500 hPa). Restes du flux d'Est que nous subissons actuellement, notre grosse goutte froide au sud de notre anticyclone et gagnant peu à peu vers l'ouest la péninsule ibérique : reliées à celle-ci, les basses pressions en méditerranée qui après avoir enneigé le sud du pays au milieu de la semaine commenceront à en radoucir l'atmosphère par un flux de sud-est.
Le dipôle est un bien un blocage car on voit que le vortex polaire qui pousse ramenant de l'air doux dans le flux d'ouest est bloqué en arrivant au niveau de l'Europe : il contourne notre blocage par le nord des Îles Britanniques, puis la Scandinavie où des tempêtes violentes pourront se lever ; par le sud loin au niveau du sud du Maroc que l'air froid a en grande partie envahit.
Quel est le résultat au sol sous notre anticyclone de blocage ? Nous allons voir cela à Paris situé au coeur du système à partir de la coupe de l'atmosphère du sol jusqu'à 500 hPa.
Dans le grand diagramme du milieu, les traits avec les barbules montrent la direction et la force des vents aux différentes altitudes, les isothermes sont tracées en couleurs ici de -20 à 0°C, et on distingue le taux d'humidité dans les tons verts. Jusqu'à jeudi 9, on est sans conteste dans l'air froid à tous les étages. On distingue en vert les traces de l'humidité liés au passage du premier front neigeux hier, puis le second plus faible demain avec pointe de vent de nord-est à chaque fois à l'arrière refroidissant l'atmosphère. Puis à partir de jeudi, on voit l'isotherme 0°C refermé sur lui-même en altitude : il s'agit d'une inversion thermique, l'air plus doux transite en altitude au dessus d'une pellicule d'air froid au sol qui devrait être de plus en plus ténue jour après jour. Cela jusqu'à ce que le 13 janvier, l'air doux gagne à tous les étages et que l'humidité venue de l'ouest pénètre sur l'Ile-de-France si la prévision du modèle américain GFS ici présentée se réalise. Si un front parvient à s'infiltrer jusque là, on pourrait alors observer des précipitations de pluie souvent verglaçantes ou de neige, notamment sur la façade Est et selon la résistance relative de l'air froid en basses couches.
Car rien n'est sûr... Le modèle de blocage voit notre dipôle de blocage en place peu ou proue jusqu'au 14-15 janvier : quelques heures de gagné, preuve que le système pourrait bien faire de la résistance aux assaults du jet stream portant le flux d'ouest. C'est déjà le scénario que nous présentions dès la semaine dernière et qui est statistiquement le plus probable en pareille situation et en hiver. Les modèles les plus téméraires à annoncer un redoux pourraient bien en reculer l'échéance jour après jour.
Néammoins à la mi-janvier, une infiltration qui nous semble devoir être temporaire du flux d'ouest par le nord-ouest n'est pas à exclure... entre deux anticyclones. Entre notre dipôle agonisant après plus d'une semaine de blocage et se décalant vers l'Europe centrale et une nouvelle dorsale anticyclonique poussant vers le nord depuis l'Atlantique après l'évacuation vers la Scandinavie du bout de vortex polaire qui entravait sa course vers le pôle... Et à l'avant de cette dorsale, une nouvelle advection d'air arctique serait la conséquence de ce nouvelle intrusion de l'air chaud au sein du vortex polaire. Un nouvel épisode de froid dynamique pourrait suivre en Europe.
Ces derniers éléments sont encore loin, situés vers la mi-janvier : nous vous les infirmerons ou confirmerons dans notre prochain bulletin.
Voici venues les dernières heures de l'année 2008. Le modèle européen s'est montré remarquable puisqu'il nous a permis à une semaine de l'échéance d'appréhender la présence de la goutte froide qui a circulé au milieu des hautes pressions qui occupent toute l'Europe de l'Ouest poussant une dorsale jusqu'au Groenland. La goutte froide est à présent centrée sur le Luxembourg et a justifié une alerte orange de Météo France sur une grande partie est du pays comprenant le Bassin Parisien à cause de dangereuses pluies verglaçantes qui vont encore rendre les routes dangeureuses jusqu'à au moins demain, sans compter les plaques de glaces isolées qui pourraient résister encore plusieurs jours dans les points bas sur les routes de campagnes. Car si le froid a légérement cédé du terrain au nord et surtout en journée, il ne désarme pas pour autant et continue de saisir nos nuits sur les deux tiers nord de la France. L'hiver ne marque qu'une petite trêve : on voit sur la carte au nord de la Scandinavie, l'air froid polaire qui s'apprête à descendre sur l'Europe en soulevant les hautes pressions qui règnent sur le continent.
Ainsi et malgré un air quelque peu radouci en altitude, le froid a persisté en cette Saint-Sylvestre sur le nord du pays en particulier sur la Basse-Normandie où il n'a pas dégelé sous les brouillards d'inversion thermique, tout comme en Grande-Bretagne. Le froid qui a gagné notre pays après Noël reste bien présent en basses couches et même au soleil qui a régné toute la journée à Rouen dans la région haut-normande voisine, la température n'a pas pu atteindre les 4°C. Pendant ce temps, l'impression était bien différente dans le tiers sud du pays restant, en particulier dans le bassin de la Garonne où le temps fut printanier : plus de 17°C relevés cet après-midi sur les côtes du Pays Basque, on peut presque se promener en chemise à manches courtes ! La carte des stations synoptiques et du réseau amateur recensés par le site Infoclimat illustre bien le fort contraste thermique nord/sud.
Voyons maintenant comment va évoluer cette situation dans les prochains jours et pour commencer la nouvelle année 2009.
Evolution du temps.
L'importante advection d'air polaire prévue pour le début de l'année est bien confirmée. Heureusement, la France devrait rester en marge du plus gros du souffle d'air arctique, ce qui lui évitera de subir les froids les plus rigoureux. Néammoins, nous allons bien sentir passer ce froid qui va recouvrir quasiment toute l'Europe car c'est bien la branche principale du vortex polaire qui nous rends ici visite.
Ainsi, à l'avant de notre dorsale anticyclonique qui s'étend de l'Europe au Groenland, dès les premières heures de l'année, l'air froid envahit tout le nord-est du continent et frappe à notre porte par les frontières belges et allemandes. Le blocage positionné sur le Groenland laisse passer sur son flanc sud quelques petits centres de basse pressions, les plus actifs étant rejetés vers le pôle nord ou bloqués à Terre-Neuve. Ainsi les bas géopotentiels vont circuler au niveau de la péninsule ibérique, c'est le petit grain de sable dont nous avions parlé il y a quelques temps et qui impulsant de l'air doux à l'avant contrarie la progression du froid en provenance d'Europe continentale. Le Sud-Ouest de notre pays devrait ainsi subir quelques pluies faibles dans une atmosphère encore relativement douce et à l'écart des gelées durant le premier week-end de l'année. Pendant ce temps le froid va reprendre du terrain et s'accentuer sur le Nord de la France dans un flux de nord-nord-est apportant de surcroît des nuages bas : dès samedi, il ne devrait plus dégeler de la journée sauf près des côtes et les -10°C devraient être franchis en Alsace durant la nuit et approchés de plus ou moins près sur un grand quart nord-est.
Ce froid devrait encore s'accentuer en début de semaine favorisé par l'orientation du flux au nord-est à la faveur d'une poussée anticyclonique sur l'Atlantique faisant pivoter la dorsale. Une dépression va profiter du recentrage des hauts géopotentiels pour traverser l'Océan Atlantique en direction de l'Irlande cassant la dynamique de l'écoulement d'air froid vers le sud-ouest de l'Europe. C'est pour cela, sans compter le frein que représente la persistance de géopotentiels relativement élevés en Europe du Sud que la vague de froid et sa composante la plus glacée en altitude vont relativement peu progresser vers le sud et s'étaler en Europe du Nord épargnant par là même également la Méditerranée qui aurait pu relancer la progression de l'air froid grâce à un creusement dépressionnaire marqué vers l'Italie. Il n'est pas encore jamais à exclure avec une pareille invasion arctique que cela se produise au dernier moment changeant considérablement la donne pour notre pays en particulier. Pour l'heure et à partir des modélisations du jour, les gelées devraient plafonner autour entre -10 et -15°C sur de larges zones avec des pointes approchant les -20°C plus localement au nord-est en début de semaine, ce qui est fort froid, mais pas exceptionnel sur les cinquante dernières années. Néammoins, cela pourra être suffisant pour observer le charriage de glaçons sur plusieurs de nos rivières d'un grand Est du pays : ne nous y trompons pas, il s'agit d'une vague de froid conséquente sur la moitié nord du pays. Le gel devrait finalement atteindre le sud-ouest la masse d'air glacée tout de même considérable parvenant à s'infiltrer en basse couche jusqu'aux Pyrénées.
Le lendemain, notre petite dépression aura terminé sa traversée de l'Atlantique en solitaire et centrée au sud de l'Irlande, elle pourrait occasionner quelques précipitations sur la facade ouest de la France au contact de l'air très froid bien présent sur le pays. La Bretagne en particulier, si ce n'est toute la facade ouest du pays pourraient voir tomber quelques centimètres de neige localement. Mais rien n'est sûr : le déplacement des grands centres d'actions à plusieurs jours est plus aisé à prévoir que celui de petites dépressions et des gouttes froides. Le flux d'Est glacé pourra très bien rejeté cette faible activité dépressionnaire sur l'Océan gardant notre Bretagne au régime froid et sec. Au Sud-Ouest, notre dépression pourrait déjà ramener de l'air doux par les côtes landaises. Sur tout le nord de la France on sera sans doute au plus fort de la vague de froid les températures étant largement enfoncées dans le gel toute la journée.
L'évolution à venir ensuite consisterait en l'isolement de notre dépression au niveau du Portugal ramenant une certaine douceur et des précipitations au Sud-Ouest du pays. Plus au nord, les hautes pressions venues de l'Atlantique devraient ramener de la douceur en altitude repoussant le froid vers l'Europe de l'Est et la Russie. Pour autant sous le couvercle de hautes pressions vont pouvoir se développer allégrement les inversions thermiques dans une atmosphère sans vent, sinon un faible flux d'est persistant qui va conserver idéalement comme le ferait une glacière ou un sac isotherme le froid advecté entre le 3 et le 6 à 7 janvier. Ainsi, les fortes gelées pourraient persister jusqu'à la fin de la semaine et le dégel ne sera assuré que là où le vent pourra un peu se lever ou en altitude au dessus de la couche d'inversion thermique. Les températures ne devraient remonter que lentement jour après jour dans une grande moitié nord du pays : retour à la case départ donc avec notre contraste thermique nord/sud, mais certes peut-être moins flagrant qu'aujourd'hui car le Midi toulousain devrait remonter également lentement la pente après l'advection de froid, les températures étant probablement bien inférieures à 10°C en journée.
La suite à plus long terme est très incertaine. Les hauts géopotentiels subsisteraient en grande tendances autour du Groenland, nous resterions malgré tout dans un contexte favorable au blocage du flux d'ouest. En attendant un nouvel apport de hautes pressions sur l'Atlantique qui pourrait à nouveau pousser sa dorsale vers le nord advectant à l'avant sur l'Europe une nouvelle descente d'air polaire, nous en sommes remis à l'évolution des hautes pressions qui régneraient à partir de la semaine prochaine et qui peuvent résister, sinon céder du terrain par le nord-ouest à quelques dépressions venues de l'Atlantique nous rappelant que le flux d'ouest existe encore et qui devraient circuler au sud du Groenland en direction de la Scandinavie.